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Paisani in anda pà a fiera di u Niolu. LC Canniccioni v 1910

16/11/2017

Le capital

"Ce thé m'a vraiment réchauffé. Voyez-vous adjudant, voilà à quoi nous en sommes réduits: vivre l'instant, car la guerre, elle, reste maître du temps, et ne nous épargne pas. Quand j'écris à ma pauvre épouse, je mime un homme heureux, et qui a devant lui un avenir brillant.
La réalité ? Eh bien, voyez-vous, la réalité, vous, vous la connaissez. J'ai devant moi, vous,  la boue, le boche, c'est tout qu'il ne nous reste, avec la mort intime, comme perspective unique.
Alors, je mens. Je lui mens, je me mens, je vous mens...
Voyez-vous, ce thé était infâme, il m'a glacé les os. Je n'aime pas ce thé. Et d'ailleurs, voyez-vous, c'est terrible, je n'aime pas non plus ma femme. C'est ainsi.
Non, cElle que j'aime est... ailleurs, Elle est loin, au bout, au delà d'un océan immense !
Hier, dans le silence de l'église de Saint-Dié, dans sa dévastation, au milieu de ses pierres brisées, des gargouilles bouleversées, oui, hier face à cette dévastation, j'ai fait cette promesse : celle de la retrouver.
Oui, car nous devons mourir. Et je ne peux pas mourir sans L'avoir embrassée une dernière fois encore. Et alors à son tour, alors, Elle aussi pourra enfin mourir.
Je l'aime, vous voyez ? Ce point est capital."

"Capital? O Lejean, tanti discorsi tonti, mi piglieti u capu. Capitu, o capità rompicapu, rompez !"