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Paisani in anda pà a fiera di u Niolu. LC Canniccioni v 1910

08/05/2018

À C. (25)

30 octobre 1913*,

(Très chère à mon coeur),

"Il ne savait plus rien, sur rien. Juste deux ou trois choses qui lui serviraient de guide.
Il savait seulement, après avoir tout oublié, qu'il n'avait jamais aimé personne d'autre qu'Elle. Il savait encore que cela n'avait désormais plus aucune importance, puisqu'il l'avait perdue depuis si longtemps.
Reconstruisant, alors comme un enfant, le mécanisme du monde à son image, il se dit, que l'on ne pouvait connaître vraiment l'amour qu'une seule fois dans une vie d'homme et qu'il en allait de même pour nous tous et, donc, qu'il en allait de même pour Elle aussi. 
Et, patatras, il ne savait plus s'il se trompait ou pas ? Il vacilla, le goût amer de la douleur de leurs étreintes prit le dessus, jusqu'à ne plus en pouvoir. Il ne domit pas cette nuit là, ni la nuit suivante d'ailleurs. Fatigué, blessé, balafré, il se dit que le désordre des choses allait pouvoir reprendre sa place: il allait oublier.
Cette nuit là, il allait sans doute écouter, égoïstement, sur son gramophone le nocturne n°...** de Chopin, son préféré. Et alors, comme à l'habitude, Elle lui parlerait d'Elle enfin, et il pourrait dormir !"

Stratu da u caiè di u tintu Lejean.
** U numaru, cui, un si pò leghja bè.