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Paisani in anda pà a fiera di u Niolu. LC Canniccioni v 1910

06/06/2018

Juillet 19..

"Je me souviens que c'était un 14 Juillet, puisque après l'avoir laissée, j'avais assisté, seul, amusé, à un feu d'artifice sur le lac, le soir après le défilé (moi j'étais réserviste).
En réalité, tout avait commencé quelques jours plus tôt: J'errais sans but précis dans les rues de ma ville avec cette idée fixe d'abord de son immense absence, ensuite, du mal qu'elle m'avait fait mais, plus encore, du mal qu'elle devait ressentir. Bien sûr, je n'avais cessé de l'aimer (puisque je l'aime encore). Il y avait déjà longtemps que sa présence obsédante avait marqué l'échec de ma vie. Je le savais à vingt deux ans à peine. Mais se battre contre quoi ?
Non, je marchais avec Elle, et ce n'étaient pas ces six mois, dictés, qui allaient changer quoique ce soit aux choses. Ils étaient contrition, oui voilà, c'est tout, rien de plus. Un peu, un entre-deux sur le chemin d'une croix à porter jusqu'au prochain calvaire. Calvaires dont tu serais. Et pour écrire l'histoire il faut ces treize stations sinon, pas de gloire la quatorzième venue !
Il avait donc cette rue, cette absence obsédante qui remplissait mes sens et une jeune fille blonde qui vint à ma rencontre. Elles avaient, sans doute, le même âge, et le même profil, les cheveux blonds aussi tirant vers le doré, attachés en chignon, très haut et désignant le ciel et un nez en trompette. À cet instant précis, je sus qu'il fallait faire ce voyage.
Je pris sans hésiter le train pour Paris, avec correspondance à B. et terminus à T., quarante huit heures après. Avec cette impression tenace d'aller au bout du monde.
Et au bout de ce monde il y avait son coeur ! Il y avait son visage, il y avait sa voix, son pays, ses prairies, son lac et son corps meurtri, oui mais, son corps à Elle.
Un immense sourire illumina sa belle  bouche fine, rouge comme est rouge le corail de Méditerranée.
J'étais enfin arrivé là où je devais être.
Alors, nous nous reposâmes de ces mois sans sommeil, de ces heures de tortures, de ces instants injustes et reprîmes notre souffle. Elle saisit ma main et m'emmena prier. Il me semble que l'autel était ouvert aux vents ou alors était-ce juste le soleil ?
La troisième station pouvait bien commencer (je les égrenais toutes), car je tenais son coeur tout au creux de mes mains et ne craignais plus rien et il battait très fort, ce coeur, comme quand on est amoureux.
Je l'avais reconquise, absoute, rassurée et lui avais rendu le non sens de la vie et elle avait souri. Et je la regardais, mais Dieu, qu'elle était belle et qu'elle m'éblouissait. Je savais déjà, à vingt deux ans à peine, qu'il n'y aurait jamais, jamais, personne d'autre qu'Elle. 
C'est le voeux, respecté, que je fis, ce jour là, en silence. J'ignore tout du sien..."*

*(Nanzu à l'ultima pagina di u caiè à Lejean. L'ultima frasa un è compia.)